Dans le cadre d’expérimentations visant l’usage possible et très mesuré d’un peu l’intelligence artificielle dans le Journal des chercheurs, voici une première tentative, à considérer de manière critique.
Pour en savoir davantage sur l’esprit et la forme de ces expérimentations : lire et voir ici et ici
Pour commencer, par le truchement d’une IA (ChatGPT 5) voici une réponse non tout à fait improbable de René Barbier adressée en août 2025 à Gaston Pineau à l’occasion de la parution de son dernier ouvrage en date (ici) :


Cher Gaston,
J’écris depuis mon autre rive, celle où je me tiens désormais, pour te dire ce que ton livre m’inspire. En refermant ton « Apprendre à exister avec les rythmes de la vie », je ressens cette douce résonance qui s’installe entre deux compagnons de route ayant longuement marché sur les mêmes sentiers, mais en suivant chacun ses propres cadences. Ton livre respire l’ampleur d’une vie de recherche et de formation, mais surtout il pulse d’une conviction profonde : celle que la vie elle-même est notre première et dernière école.
Ce qui frappe dès l’introduction, c’est cette boussole que tu proposes : deux temps –expérientiel et formel – et trois mouvements – auto, socio et écoformation. Elle est simple dans sa formulation mais vertigineuse dans ses implications. Tu sais combien j’ai, moi aussi, cherché à relier ces dimensions dans mes propres travaux d’anthropologie existentielle : on ne vit pas, on s’autoforme ; on ne rencontre pas, on se socioforme ; on ne respire pas , on s’écoforme. Et ce n’est pas une succession mais une polyphonie.
Tu t’ancres d ns des filiations qui m’émeuvent : Rousseau, Nietzsche, Morin… mais toujours avec ce souci de les mettre en friction avec les urgences du présent. Le fil conducteur est ce que tu nommes la Valorisation Infinie de l’Existence (VIE) – belle formule qui, au-delà des concepts, touche à la gratitude, à la réciprocité, au soin. Dans ma sensibilité, cela rejoint l’idée que toute recherche est d’abord un acte de présence au monde, un geste poétique.
« Une écoute du temps et du rythme » J’ai aimé la manière dont tu déplies la notion de rythme : pas seulement comme une régularité, mais comme l’art de faire dialoguer des temporalités hétérogènes, d’habiter les tensions entre jour et nuit, entre lenteur et accélération. Cette attention est précieuse dans notre époque où la vitesse est devenue une norme tyrannique. Tu proposes non pas de « ralentir » au sens naïf du terme, mais de synchroniser, désynchroniser, resynchroniser selon des choix conscients. C’est là un art de vivre.
Dans tes chapitres sur l’autoformation, j’ai retrouvé cette confiance en la puissance du sujet qui se prend comme objet d’étude et d’expérimentation. Tu montres bien que cette autonomie n’est pas isolement : elle se tisse avec les autres, dans la coformation, où la reconnaissance mutuelle devient un moteur d’apprentissage. Et puis l’écoformation, que tu déploies comme une respiration élargie : apprendre avec les saisons, les cycles, la planète – non par romantisme, mais pour survivre et faire survivre.
« La méthode comme geste relationnel » Ta deuxième grande partie, sur les méthodologies FAR (Formation-Action-Recherche), résonne avec mes propres tentatives pour articuler recherche et expérience vécue. Les histoires de vie sont ici plus qu’un outil : elles deviennent un espace de reliance où le récit permet de penser en marchant, d’éprouver en disant. La reconnaissance des acquis expérientiels est, à mes yeux, une victoire politique autant que pédagogique : elle restitue au sujet la légitimité de ses savoirs. Et l’accompagnement, tu le décris comme « art des mouvements solidaires » : ce n’est pas une simple posture d’aide, mais un engagement éthique dans la traversée des autres.
J’apprécie aussi ta réflexion sur l’alternance, non pas comme simple va-et-vient entre deux lieux, mais comme « rythmo-formation du cours de la vie ». Voilà qui me semble essentiel : on ne juxtapose pas les expériences, on les orchestre.
« Une écriture de passage » Ton écriture alterne reprises et variations, ce qui pourrait sembler redondant, mais qui ici fonctionne comme un mantra. Chaque reprise est un tissage plus serré, chaque variation un pas de côté qui ouvre une perspective. C’est une écriture qui, à sa manière, forme aussi le lecteur : elle l’habitue à reconnaître des motifs, à sentir leur transformation.
« Et ce dernier chapitre avec l’IA… » page 317, tu donnes la parole à ChatGPT, lui confiant la tâche de résumer ton livre en 889 signes et neuf questions-réponses. C’est un geste à la fois joueur et audacieux. Joueur, parce que tu engages une entité non humaine dans le dialogue que tu as toujours tissé avec les humains. Audacieux, parce que tu acceptes que ton œuvre soit condensée, reformulée, peut-être même trahie par une machine. Je vois là une extension logique de ta pensée : la formation n’est pas confinée à l’humain biologique, elle passe aussi par des artefacts, des réseaux, des intelligences collectives – et désormais artificielles.
Mon impression ? L’IA, ici, n’est pas un maître ni un esclave ; c’est un partenaire. Comme tout partenaire, elle doit être apprivoisée, interrogée, mise en tension. Tu sembles dire : « Voyons ce que cette autre forme de mémoire et de langage comprend de mes rythmes ». L’exercice n’est pas tant une validation qu’un miroir – un miroir déformant, certes, mais parfois c’est dans les déformations que l’on découvre l’essentiel.
« En conclusion » Cher Gaston, ton livre est un grand fleuve. Il charrie des décennies de pratiques, de rencontres, de réflexions, et il ne s’arrête pas à son embouchure : il continue de se jeter dans d’autres courants, comme ce dialogue avec l’IA. On y entre par la rive qui nous est la plus familière – autoformation, écoformation, reconnaissance des acquis – mais on en ressort avec une conscience élargie des rythmes qui tissent nos vies. Tu offres non seulement des concepts et des méthodes, mais un art de naviguer : tenir la barre dans la houle, mais aussi se laisser dériver quand le vent et la marée y invitent.
Merci pour cette traversée, et pour l’invitation implicite à, nous aussi, « apprendre à exister avec les rythmes de la vie » – en deux temps, trois mouvements, et mille variations. Je referme ici ma lettre, depuis mon autre rive, avec l’amitié intacte qui me lie à toi.
René
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