par Christian Verrier, 2026
Le Journal des chercheurs publie à la suite quatre articles traitant de l’autoéducation sur le versant existentiel. Précision nécessaire d’abord : on préfère dans ces articles parler d’autoéducation plutôt que d’ « autoformation », terme devenu beaucoup plus consensuel et habituel aujourd’hui. Les arguments scientifiques privilégiant le terme « autoformation » sont nombreux et tout à fait sérieux ; en un certain sens par l’ajout au préfixe « auto » à « formation », l’individu se donne sa propre forme.
Si le terme « autoéducation » sera cependant dans ces articles préféré à celui d’autoformation (alors qu’ils sont souvent presque synonymes [1]) c’est qu’« éducation » semble peut-être mieux inclure les dimensions éthique, philosophique et politique de la vie, avec des processus d’élaboration du jugement, de discipline de soi, d’émancipation, d’autonomie critique.
L’ordre de présentation de ces articles est le suivant :
Acte 1 — L’autoéducation existentielle (présentation générale) – (ci-dessous)
Acte 2 — Philosophie et épistémologie de l’autoéducation existentielle ICI
Acte 3 — Expérimentation de soi et expérience fortuite (dimension expérientielle) ICI
Acte 4 — Pour une autoéducation existentielle à portée politique (dimension politique) ICI
Les quatre textes peuvent se lire dans cet ordre, ou dans celui choisi par le visiteur.
Acte 1 : L’autoéducation existentielle :
Il n’est pas aisé d’introduire à l’autoéducation existentielle (ou autoformation exiten-tielle), qui échappe souvent à une définition précise. Certainement n’existe-t-il pas de définition tout à fait convaincante, qui serait capable d’en rendre compte dans sa totalité, dans toute sa profondeur. Il s’agit d’un champ de recherche à ciel ouvert, encore insuffisamment balisé, mais extrêmement riche. Ces quelques pages sont une tentative d’éclairer cet objet central de l’éducation, la formation de l’être.
Tentative de définition :
L’autoformation (autoéducation pour nous) existentielle est rapidement définie comme étant un processus de « formation de soi par soi » (Gaston Pineau), caractérisé par l’appropriation par le vivant de son pouvoir de formation. On trouverait là un processus autoformateur touchant à l’ontologie du sujet. Par rapport à l’autodidaxie, qui serait plutôt centrée sur l’appropriation des savoirs, l’autoformation existentielle se situe quant à elle davantage sur le registre de l’apprendre à être, dans le champ du savoir-être, voire du savoir-devenir.
Lire la suite (10 pages) : ICI
[1] Nous préférerons utiliser ici « autoéducation », considérant que l’étendue du terme « éducation » (incluant le sens large de « développement humain ») englobe le phénomène de formation (se former à quelque chose, mieux encore se donner sa propre forme) et le dépasse, en un approfondissement existentiel du processus d’individuation. Pour évoquer cette croissance de soi qu’au final seul peut entretenir l’individu lui-même pour lui-même, d’autres auteurs emploient ou ont employé eux aussi ce terme autoéducation (Albert Bandura, Carl Gustav Jung, Jiddu krishnamurti, Maria Montessori, Jean-Jacques Rousseau, etc.), et on se rangera de leur côté. Mais il s’agit seulement d’une préférence, la discussion reste ouverte sur le choix le plus judicieux entre les termes formation et éducation, qui ont chacun leurs partisans. Pour une approche des perspectives des autoformations existentielle et expérientielle, voir le riche ouvrage de Patrice Galvani : Autoformation et connaissance de soi. Une méthode de recherche-formation expérientielle, Lyon, Chronique sociale, 2020 (voir aussi Christian Verrier, Regards actuels sur l’autodidaxie et les autodidactes, Pétra, 2023, pp. 237-238).