Le versant existentiel de l’autoéducation, Acte 4 : Pour une autoéducation existentielle à portée politique (et même révolutionnaire…) 

par Christian Verrier, 2026

Le Journal des chercheurs publie à la suite quatre articles traitant de l’autoéducation sur le versant existentiel. Précision nécessaire d’abord : on préfère dans ces articles parler d’autoéducation plutôt que d’ « autoformation », terme devenu beaucoup plus consensuel et habituel aujourd’hui. Les arguments scientifiques privilégiant le terme « autoformation » sont nombreux et tout à fait sérieux ; en un certain sens par l’ajout au préfixe « auto » à « formation », l’individu se donne sa propre forme.

Si le terme « autoéducation » sera cependant dans ces articles préféré à celui d’autoformation (alors qu’ils sont souvent presque synonymes1) c’est qu’« éducation » semble peut-être mieux inclure les dimensions éthique, philosophique et politique de la vie, avec des processus d’élaboration du jugement, de discipline de soi, d’émancipation, d’autonomie critique.

L’ordre de présentation de ces articles est le suivant :

Acte 1 — L’autoéducation existentielle (présentation générale) ICI

Acte 2 — Philosophie et épistémologie de l’autoéducation existentielle – ICI

Acte 3 — Expérimentation de soi et expérience fortuite (dimension expérientielle) – ICI

Acte 4  — Pour une autoéducation existentielle à portée politique – ci-dessous

Les quatre textes peuvent se lire dans cet ordre, ou dans celui choisi par le visiteur.

Acte 4 : Pour une autoéducation existentielle à portée politique (et même révolutionnaire…) :

En rapport avec l’autoéducation en sa composante existentielle, une question fondamentale devrait se poser dans  toute réflexion portant sur les grands changements sociaux, y compris révolutionnaires, changements rapides, parfois laissant leurs acteurs en déficit de réflexion dans l’action : faut-il d’abord transformer l’individu pour qu’il transforme la société, ou bien d’abord transformer la société pour qu’ensuite elle transforme l’individu ? Proudhon penchait pour la seconde voie, tandis que Bakounine, au contraire, voulait la révolution politique préalable. Considérant l’histoire, sauf parfois d’heureuses exceptions (Inde, Afrique du Sud, Tchécoslovaquie, Pologne, Hongrie, Allemagne de l’Est – « révolutions de velours » — Portugal), les révolutions « simplement » politiques ou socio-économiques, même lorsqu’elles renversent des pouvoirs en place largement indésirables, créant des institutions plus ou moins nouvelles, finissent trop souvent par se révéler assez décevantes, voire décevantes pour de bon, même monstrueuses, l’inverse de l’espérance du début. Les causes de ces déceptions sont toujours multiples (sorte de sacralisation de la violence qui ne sait plus s’arrêter ; confusion entre fins et moyens, la fin justifie les moyens ; substitution du peuple par une avant-garde, peuple finalement mis à l’écart, etc.) dont celles trop peu mentionnées, généralement attachées au « fond humain » demeuré intact — les passions, les peurs, les illusions, les aveuglements, les mécanismes de domination intériorisés, les appétits de pouvoir —, et pendante la question de savoir comment « révolutionner » ce fond humain, noyau profond de nous-mêmes, y compris celui des guides révolutionnaires eux-mêmes, surtout eux-mêmes peut-être, qu’ils soient une poignée ou plus nombreux.

Lire la suite (8 pages) : ICI


  1. Nous préférerons utiliser ici «  autoéducation », considérant que l’étendue du terme « éducation » (incluant le sens large de « développement humain ») englobe le phénomène de formation (se former à quelque chose, mieux encore se donner sa propre forme) et le dépasse, en un approfondissement existentiel du processus d’individuation. Pour évoquer cette croissance de soi qu’au final seul peut entretenir l’individu lui-même pour lui-même, d’autres auteurs emploient ou ont employé eux aussi ce terme autoéducation (Albert Bandura, Carl Gustav Jung, Jiddu krishnamurti, Maria Montessori, Jean-Jacques Rousseau, etc.), et on se rangera de leur côté. Mais il s’agit seulement d’une préférence, la discussion reste ouverte sur le choix le plus judicieux entre les termes formation et éducation, qui ont chacun leurs partisans. Pour une approche des perspectives des autoformations existentielle et expérientielle, voir le riche ouvrage de Patrice Galvani : Autoformation et connaissance de soi. Une méthode de recherche-formation expérientielle, Lyon, Chronique sociale, 2020 (voir aussi Christian Verrier, Regards actuels sur l’autodidaxie et les autodidactes, Pétra, 2023, pp. 237-238). ↩︎