Le versant existentiel de l’autoéducation, Acte 3 : Expérimentation de soi et expérience fortuite

par Christian Verrier, 2026

Le Journal des chercheurs publie à la suite quatre articles traitant de l’autoéducation sur le versant existentiel. Précision nécessaire d’abord : on préfère dans ces articles parler d’autoéducation plutôt que d’ « autoformation », terme devenu beaucoup plus consensuel et habituel aujourd’hui. Les arguments scientifiques privilégiant le terme « autoformation » sont nombreux et tout à fait sérieux ; en un certain sens par l’ajout au préfixe « auto » à « formation », l’individu se donne sa propre forme.

Si le terme « autoéducation » sera cependant dans ces articles préféré à celui d’autoformation (alors qu’ils sont souvent presque synonymes1) c’est qu’« éducation » semble peut-être mieux inclure les dimensions éthique, philosophique et politique de la vie, avec des processus d’élaboration du jugement, de discipline de soi, d’émancipation, d’autonomie critique.

L’ordre de présentation de ces articles est le suivant :

Acte 1 — L’autoéducation existentielle (présentation générale) ICI

Acte 2 — Philosophie et épistémologie de l’autoéducation existentielle – ICI

Acte 3 — Expérimentation de soi et expérience fortuite (dimension expérientielle) – ci-dessous

Acte 4  — Pour une autoéducation existentielle à portée politique (dimension politique) ICI

Les quatre textes peuvent se lire dans cet ordre, ou dans celui choisi par le visiteur.

Acte 3 : Expérimentation de soi et expérience fortuite :

La notion d’expérience est complexe et nécessite une pluralité de regards quand elle se mêle à l’autoformation, et elle peut selon nous se manifester de deux façons privilégiées. Elle peut survenir sous forme d’inattendu, de non programmé, de façon inopinée, elle ne participe pas de l’habitude. Elle est cet événement imprévu qui vient perturber le quotidien, auquel il faut s’adapter comme on le peut avant d’éventuellement en tirer parti s’il est pensé ensuite. Mais, elle peut à l’inverse avoir été voulue, recherchée pour l’intérêt qu’elle semble représenter, elle peut être le résultat d’un projet auquel on attache certaines valeurs. Si elle apporte aussi comme dans le premier cas un dérèglement de l’habitude, elle a cette fois été choisie ; on a décidé d’en assumer les conséquences, quelles qu’elles soient.Dans les deux cas la personne est renvoyée à elle-même – même si l’expérience mise en mots peut ensuite être passée au crible d’autres expériences –, à sa délibération en intériorité. Plus avant, l’expérience apparaît formatrice, qu’elle soit ou non réfléchie.

Lire la suite (7 pages) : ICI

  1. Nous préférerons utiliser ici « autoéducation », considérant que l’étendue du terme « éducation » (incluant le sens large de « développement humain ») englobe le phénomène de formation (se former à quelque chose, mieux encore se donner sa propre forme) et le dépasse, en un approfondissement existentiel du processus d’individuation. Pour évoquer cette croissance de soi qu’au final seul peut entretenir l’individu lui-même pour lui-même, d’autres auteurs emploient ou ont employé eux aussi ce terme autoéducation (Albert Bandura, Carl Gustav Jung, Jiddu krishnamurti, Maria Montessori, Jean-Jacques Rousseau, etc.), et on se rangera de leur côté. Mais il s’agit seulement d’une préférence, la discussion reste ouverte sur le choix le plus judicieux entre les termes formation et éducation, qui ont chacun leurs partisans. Pour une approche des perspectives des autoformation existentielle et expérientielle, voir le riche ouvrage de Patrice Galvani : Autoformation et connaissance de soi. Une méthode de recherche-formation expérientielle, Lyon, Chronique sociale, 2020 (voir aussi Christian Verrier, Regards actuels sur l’autodidaxie et les autodidactes, Pétra, 2023, pp. 237-238). ↩︎