
C’est avec une immense tristesse que nous venons d’apprendre le décès d’Anna Eriksen-Terzian, survenu le 5 août 2025.
Outre ses multiples centres d’intérêts de recherche : les technologies éducatives et le e-learning, l’éducation aux médias et la pédagogie interculturelle, les usages vidéo comme outils pédagogiques et de développement identitaire, l’interculturalité, Anna, alors maître de conférences, fut à partir de 2004 une des toutes premières collaboratrices de la licence en ligne de sciences de l’éducation de l’université de Paris 8 à Saint-Denis, il y a déjà plus de vingt.
Au rang des ses principaux travaux, on lira avec toujours autant d’intérêt son ouvrage de 1998 aux éditions Anthropos :

Joël Xavier, jadis doctorant d’Anna, vient d’écrire pour elle ce texte montrant combien la relation au directeur-trice de recherche est d’une importance première dans la vie universitaire. Laissons-lui la parole, ses mots sont un très bel hommage à Anna :
À chacune, à chacun, à ceux qui auront ce texte sous les yeux. Je vous prie de m’excuser pour son caractère très personnel. Sans doute mon nom ne dira pas grand chose à la plupart, mais c’est sans importance… L’essentiel est que le nom d’Anna Terzian résonne le temps de ce texte et peut-être quelques temps après. J’aurais pu tourner mille formules pour adoucir le propos mais je ne sais s’il en existe pour apaiser. Anna Terzian est morte. Anna Eriksen Terzian. C’était le 5 août 2025. Je vais avoir du mal à en parler au passé. C’est en tant qu’enseignante et de directrice de recherches que j’ai connu Anna. Après une reprise d’études à près de 30 ans en 2003, je n’en menais pas large. J’étais revenu sur les bancs de l’université pour une seule année… Son cours « Interculturalité et médias » était passionnant. Un contenu qui me parlait… un cours qui parlait de moi. Tant et si bien que j’ai souhaité poursuivre un an de plus en maîtrise… Finalement, j’ai quitté la fac avec un doctorat en vivant des expériences fortes comme, par exemple, être tuteur, puis moi-même enseignant pour des étudiants de Licence 3ème année. Ce parcours, je le dois en grande partie à Anna. Elle avait une ouverture d’esprit hors du commun, une curiosité incroyable (il en faut quand on fait de la recherche) et elle était d’une grande générosité. Son sens de l’humour permettait de dédramatiser bien des situations et sa capacité à plutôt bien cerner les personnes (moi en tout cas) visait souvent juste. Lors de sa prise de prise de parole pour ma soutenance de Master 2, elle a débuté avec quelque chose comme : « Ce qui est bien avec Joël, c’est qu’il écoute toujours ce qu’on lui dit et ensuite, il fait ce qu’il veut ». Je dirais quant à moi qu’elle m’a laissé un grande marge de manœuvre. Une liberté qui m’a permis un développement sans entrave. Elle ne verra pas de son vivant le livre que j’ai écrit sur l’école et dans lequel je reprends cette anecdote. Elle se réjouissait de la parution de ce livre bien qu’elle n’en connaissait pas le contenu. C’est dire la confiance qu’elle avait placée en moi. Elle m’a accompagné avec bienveillance toutes ces années, m’a honoré de sa présence quand je me suis marié et nous avons toujours conservé ce lien.Je suis son premier thésard. Après m’avoir mis le pied à l’étrier, elle n’a jamais été loin. Bien d’autres ont pu profiter de cette bienveillance, de cette attention et de cette énergie. Elle était bien plus que l’enseignante, la directrice de recherches. Elle était mon guide – au propre comme au figuré. Outre le milieu académique, elle m’avait conseillé pour la traversée du Danemark quand je préparais mon voyage à vélo jusqu’au Cap Nord depuis l’Île de France. À un jour près, nous avions la même date d’anniversaire. Et elle est partie dans la nuit du 4 au 5 août. Mon père, c’était le 4. Elle m’avait d’ailleurs beaucoup soutenu il y a 20 ans.J’avais/j’ai beaucoup d’affection pour elle. C’est une grande dame qui nous quitte (et ce n’est pas de sa taille dont je parle). Je porte le deuil de la mère de ce parcours assez inattendu. Je me sens orphelin. Je n’ai pourtant jamais osé le tutoiement avec elle. Je vais faire une entorse à ce principe aujourd’hui. Merci pour tout Anna, tu vas nous/me manquer. À chacune et chacun, qui l’a connue de près ou de loin, je vous salue. Portez bien haut la recherche, portez bien haut la mémoire.
Le Journal des chercheurs salue sa mémoire et son souvenir, au revoir Anna.
Une publication de Joël Xavier, très en rapport avec l’écoformation : ICI